SACCUSMERDAE

néon blanc 87 x 14 cm
Où il est dit que le roi possède deux corps. L’un divin, l’autre corruptible. Ainsi ces deux états nous mènent, 
croyant posséder l’un l’autre nous tient !





Pourquoi Saccus merdae
C’est la lecture d’un livre de Pierre Michon, Corps du roi, éd. Verdier.
Dans un petit chapitre illustré par une photographie de Samuel Becket, il parle des deux corps du roi. Et à propos de cette photographie « ... par grand artifice, ruse et technique, de tirer le portrait des deux corps du roi, l’apparition simultanée du corps de l’Auteur et de son incarnation ponctuelle, le Verbe vivant et le saccus merdae. Sur la même image. » (p 14)
Le concept des deux corps du roi a été formulé par l’historien Ernst Kantorowicz en 1957 dans son ouvrage Les deux corps du roi.
C’est pourquoi dans l’expression : « le roi est mort, vive le roi » le vive le roi ne s’adresse pas au successeur au trône mais au second corps, qui lui est immortel. Je n’ai pas lu Ernst Kantorowicz, c’est simplement la recherche que j’ai effectuée sur l’origine de l’expression puisque dans le livre de Michon elle est en italique et sans référence.
Parce que Saccusmerdae
Je me suis saisi de l’expression parce que si c’est du latin, c’est un latin proche du français, aisément compréhensible. Mais on ne le décode pas immédiatement comme on décode le sens d’un mot écrit « normal » c’est-à-dire sans l’épeler, globalement. Là, il faut pour le saisir, l’épeler, le mâcher mentalement pour que son sens se libère, brutal. Et ce procédé de « compression/détente », était pour moi très visuel et dramatique. Pour en accentuer l’effet j’ai donc réuni les deux mots en un seul et matérialisé dans un outil de communication en néon (lumière ! lumière !).
Il y a aussi l’idée que sans être Becket ou les grands « Auteurs » dont parle Michon pour illustrer l’idée des deux corps du roi, nous avons tendance à être oublieux de notre commune destinée. La photographie de la pièce en néon est accompagnée de la formule : « Où il est dit que le roi possède deux corps. L’un divin, l’autre corruptible. Ainsi ces deux états nous mènent, croyant posséder l’un l’autre nous tient ! »
Vanités, memento mori, « Mignonne allons voir si la rose ...» ... c’est un grand classique. Ici, saccusmerdae est l’équivalent du crâne des vanités classiques. L’apparition retardée du sens fonctionne comme la représentation anamorphosée du crâne dans « les ambassadeurs » d’Holbein.